Songe d'une nuit humide

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MessageSujet: Songe d'une nuit humide   Dim 5 Avr - 21:57
Il était facile de s'ennuyer. L'Alliance était globalement neutre, ne s'impliquait presque jamais, et uniquement dans des entreprises d'envergure. Quand elle s'ennuyait, Maksym dormait. Pas par fainéantise, non, mais parce qu'elle vivait plus, plus intensément, dans cet autre monde, presque un plan à lui tout seul. Presque quatre siècles qu'elle l'arpentait et elle était toujours aussi surprise de ce qu'elle y trouvait. Alors, sans relâche, et ironiquement, sans repos, elle voyageait dans ces rêves. Dans ces cauchemars, plutôt, car les songes apaisants, rassurants, excitants, même, lui restaient interdits, comme autant de portes fermées.

Ça errait donc. Levant une main crochue, recouverte, comme le reste de son corps, par une sombre carapace chitineuse, ça enfonça ses griffes pour fendre l'étoffe et pénétrer dans un esprit. Ses yeux dissimulés par un affreux masque noir voyaient pourtant avec clarté, alors que peau grise et sa chevelure blanche se fondaient dans ce couloir fade et incolore. Rien d'intéressant. Un enfant craignant de se noyer. Pendant un instant, ça caressa l'idée simple de le réaliser, pour le simple plaisir de l'entendre se débattre, la bouche ouverte sur un cri silencieux alors que l'eau s'enfonçait dans sa gorge et ses poumons, teignant sa peau en bleu. Encore un mystère scientifique pour la Police. Sa bouche aux lèvres trop fines s'étira sur un sourire dévoilant des dents trop pointues. Une langue aussi grise que sa peau vint les lécher avant de se détourner. Non, ce soir, ç'avait envie d'autre chose de bien plus... savoureux.

Ça arracha une poignée de cheveux que ça appliqua sur le voile fendu, qui se reconstitua en absorbant la matière. Le plan était, en un sens, organique. Fait de la même matière que les Marcheurs. Ça poursuivit sa progression, attiré par un coin bien plus sombre. Enfin quelque chose d'intéressant. Tant de noirceur qu'elle transpirait sur les rêves alentours. Celui-ci promettait d'être un véritable festin. Ça agit tout en délicatesse, soulevant le rideau sans le déchirer. De celui-ci ça pourrait se nourrir longtemps, et ça ne voulait pas que quelque chose d'autre s'en repaisse. Passant dessous, profitant de son intangibilité, ça pénétra le cauchemar pour enfoncer le pied dans la tourbe.

Une jungle, un marais, s'étendaient devant ses yeux aveugles. Et des gens. Tant et tant de gens en uniforme, soldats, asiatiques, caucasiens, humains ou non. Peu lui importait. Aucun n'était réel, aux yeux de ça. Sa bouche s'entrouvrit sur un grondement. Une perturbation. Quelque chose n'allait pas. Cet esprit n'était pas humain. Sortant à nouveau la langue, ça goûta la peur et la mort, et une odeur de poils mouillés. Lycan. Le sourire s'élargit. Ce pourrait s'avérer intéressant. Son entrée n'était certainement pas passée inaperçue. Ne restait plus à voir que ce que l'habitant de cet esprit. Les habitants de cet esprit, plutôt, en feraient. Ça écarta les bras, effleurant du bout des griffes les lianes, les armes, les visages. Les corps se firent plus vivants, les peurs plus vivaces, la boue plus profonde.

Ça tira sur ses griffes inférieures, enfoncées dans le marais. Le seul problème lorsque le cauchemar devenait vrai... Ça le devenait aussi. Silencieux comme l'ombre que c'était, ça poursuivit son chemin vers le cœur. L'âme du cauchemar, son centre névralgique, le point focal de la terreur. Flairant presque, ça recherchait, gardant tous ses sens en alerte. Les Lycans étaient une race fourbe et dangereuse, même pour ça...


Maksym Fremm
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MessageSujet: Re: Songe d'une nuit humide   Mar 7 Avr - 15:48
Nate aimait à affirmer qu'il n'était effrayé par rien ni personne, de ce plan ou d'un autre. En vérité, les quatre siècles qu'il avait passé à se battre avaient laissés leurs marques, leurs séquelles, sur son esprit. C'était aussi pour ça qu'il avait fini par quitter l'armée régulière. Comme tout les soirs, il y repensait. Il avait fini par s'habituer à revivre ses pires moments pendant son sommeil, mais ça ne voulait pas dire qu'il aimait ça. Ou qu'il pouvait faire quoique ce soit pour changer les événements. Après tout, il n'était que le dormeur, et s'il avait connaissance des rêves lucides, les cauchemars étaient une toute autre paire de manches. Il espérait juste que ce soir il n'atterrirait pas dans les périodes les plus sombres de sa vie.

Jungle, marais. Vietnam. Le capitaine Jackson terminait de nettoyer son arme lorsque l'alarme se déclencha. Les Vietcongs étaient apparemment plus rapides que ce qu'ils avaient prévu. Il sortit, rassembla ses hommes et se prépara a recevoir l'assaut. A travers les arbres, ils pouvaient tout juste distinguer le soleil se lever. Ça allait être une longue journée. Les premiers soldats ennemis ne furent pas long à apparaître, et les coups de feu emplirent l'air d'une odeur métallique. Autour de lui, les hommes tombaient, américains ou asiatiques. L'engagement ne dura que quelques minutes, mais les dizaines de cadavres jonchant le sol pourraient laisser penser à une bien plus grande durée.Pendant que les hommes enterraient leurs camarades, Nathaniel alla se présenter au Major qui dirigeait cet avant-poste. Ils avaient une guerre à gagner.

Il fit signe à ses quelques hommes de s'arrêter et de l'attendre. Ils avaient été envoyés en éclaireur, pour localiser les villages abritant des viets dans les environs ainsi que détruire leurs arsenaux. La routine pour son unité. Tous savaient que leur capitaine avait des talents presque surnaturels pour la traque, aussi ils étaient habitués à le voir disparaître et savaient exactement ce qu'il attendait d'eux. Qu'ils couvrent ses arrières et si possible qu'eux aussi apportent leur pierre à l'édifice - sans le gêner. Le lieu où se cachent leurs ennemis n'est pas difficile à trouver. Les pistes de jeep sont un indice assez flagrant. Ses hommes ont trouvés une antenne-relais. Il leur ordonne de tout faire sauter. Il préfère rester à l'écart dans ces cas-là. Il a quelques mauvais souvenirs avec les explosions.

Il s'avance aussi près qu'il le peut sans se faire repérer. Sa mission n'est pas d'attaquer, mais de transmettre les coordonnés. Il entend les feuilles bouger, se retourne et se dissimule totalement. Fausse alerte, ce ne sont que ses propres troupes. Il sort de sa cachette et les rejoint. Par radio, ils transmettent les coordonnées du village et s'éloignent un peu, juste assez pour pouvoir intercepter n'importe quel survivant sans être touchés par l'attaque aérienne en préparation.

Quelques minutes après, ils sentent la chaleur monter en flèche, et les civils commencer à hurler. Napalm. L'arme la plus prisée pour les frappes aériennes. Plus tard, les films en feront une plaisanterie. Mais ça, il ne le sait pas encore. Et la vision d'enfants presque nus, le dos couvert de flammes, fuyant la zone en hurlant, lui fait mal au coeur. Une guerre ne devrait jamais impliquer les innocents. Ce sont les mots que le général Washington lui avait confié lors de la guerre d'Indépendance, pour expliquer certaines décisions stratégiques qui lui avait paru aberrantes. Et au fil des siècles, il avait pu vérifier la force de ces convictions.

Malheureusement, les ordres sont les ordres, et Nate ne pouvait les enfreindre. Ils avaient ordre de tirer à vue sur tout ceux qui voulaient s'échapper. Et c'est ce qu'ils firent, abattant hommes, femmes et enfants comme du bétail. Les quelques vietcongs vivant effectivement ici avaient eu vent de leur transmissions radios et s'étaient enfuis avant leur arrivée. Mais leur but était la destruction de leurs bases, et non pas la mort des soldats. Nate tirait également, son cœur se refroidissant et se durcissant un peu plus. Jusqu’à ce qu'il la vit. Elle était différente. Pas humaine. Et si jeune... A peine douze ans. Elle arrivait vers son côté du village. Il ne voulait qu'une chose, la laisser vivre. Sa radio cracha au même moment les paroles fatidiques. Convergez sur zone. Pas de survivants. Pas de survivants.

La fillette s'était arrêtée, sentant le danger. Nate s’avança, le doigt sur la gâchette. Comme un zombie, ne prêtant pas vraiment attention à ce qu'il se passait autour de lui. Il plongea son regard dans celui de la gamine. Ses larmes coulèrent à flots, nettoyant de ses joues la boue omniprésente dans cet enfer vert. Il sentit le recul de son fusil mitrailleur, vit plus qu'il n'entendit le cri de la petite, son corps s'effondrer. Il avait beau dire qu'il ne faisait qu'obéir aux ordres, il ne pouvait s'arrêter de pleurer. Il lâcha son arme, s'agenouilla près du corps et accomplit, sur une impulsion, les gestes ancestraux. Ceux qu'il avait appris de sa mère, la nuit où son père avait perdu son combat. Il se releva, jeta un dernier regard au tertre et, balayant ses larmes d'un revers de main, se composant l'air dur qui l'avait toujours accompagné, reprit sa route. Son carnage.

A New York, très loin de là, Nate s'agitait dans son sommeil. Un de ses pires cauchemars, cette guerre. Il était tellement pris dedans qu'il ne remarqua pas qu'il n'était pas seul. Et si l'esprit du loup qui n'était pas vraiment lui s'en était rendu compte, la pleine lune était bien trop loin pour qu'il puisse agir seul. Le danger était bien réel, que ce soit dans son cauchemar ou dans la réalité. Et il ne le savait même pas.


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MessageSujet: Re: Songe d'une nuit humide   Mar 7 Avr - 16:39
C'était fasciné. Ça savait que les humains étaient capables des pires horreurs. Ça s'en délectait tant et tant dans leurs cauchemars. C'était ce qui les rendait intéressants. Ce qui faisait que ça aimait tellement ce plan. Ça regarda avec passion le feu liquide tomber sur les enfants, leur peau brûlant alors qu'ils hurlaient et tentaient désespérément de s'en débarrasser. Le sourire de ça disparut. Ils n'étaient pas réels. Ils n'étaient qu'une image, une réflexion d'un esprit bien bien plus tourmenté.

Ça sentait l'attention du loup sur ça. Ce n'était pas une surprise. La partie la plus sauvage, la plus bestiale, ressentait le danger que ça représentait. Ça ne pourrait plus opérer dans l'ombre. Mais ça n'avait pas encore trouvé l'autre partie de cette dualité. Alors ça continuait à chercher. Tout ce que ça touchait devenait vivant. Comme cette enfant qui sortit en courant de la jungle, pour être abattue par ce soldat... Ça inspira profondément, les lèvres entrouvertes. Ça ne sentait pas les odeurs, ça goûtait les émotions. Elles avaient été fausses, jusque-là. Mais voir ces larmes sur le visage de cet homme, ce rituel. C'était un cauchemar, pour lui, un souvenir, peut-être, de temps passés, et il ne réalisait pas encore qu'il l'avait vraiment tuée une seconde fois.

Ça en était sûr, ç'avait trouvé le nexus. Un sourire étira ses lèvres, dévoilant à nouveau ses dents alors que ça s'accroupissait pour enfoncer les griffes dans la fange. Ça sentait la tension dans le poids du loup sur ça. Ça se baissa, encore et encore, comme pour s'immerger dans le sol. Ses cheveux touchèrent la terre, devinrent vivants, pénétrant la structure même du cauchemar pour le rendre, dans son entièreté, réel.

Les couleurs devinrent plus vibrantes, les sons plus assourdissants, la chaleur du napalm plus prégnante, l'odeur de la mort plus alléchante. Ça laissa un frisson remonter le long de sa colonne et faire trembler, pendant une fraction de seconde, toute la jungle. C'était devenu vrai aussi. Ça se releva, ses cheveux toujours reliés au sol, suivant ça dans ses déplacements. Pesant désormais dans la boue, ça poursuivit son chemin lentement, rejoignant petit à petit l'âme du cauchemar. Ça voulait savoir si l'homme se rendrait compte du changement. Et s'il entendait l'appel désespéré du loup. Ça laissa échapper un rire spectral, comme un hurlement fantomatique, obsédant, qui retentit par-delà le fracas des bombes et les cris de mort. Ça ne s'ennuyait plus du tout...


Maksym Fremm
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